La Fausse parole PDF

Allocution de Pierre Bernard, cofondateur de l’atelier Grapus, lors de la remise du prix Érasme qui la Fausse parole PDF a été décerné, en 2006, par la fondation du même nom. La fondation Érasme a été créée en 1958 par la famille royale de Hollande dans l’idée de contribuer à l’émergence d’une nouvelle Europe et d’une nouvelle citoyenneté européenne.


Armand Robin (1912-1961) a passé une grande partie de sa vie à l’écoute des radios étrangères, et notamment des services de propagande soviétiques. Il a rendu compte de ses écoutes dans un bulletin bihebdomadaire réservé à un petit nombre d’abonnés, journaux, institutions et organismes dont la liste est, aujourd’hui encore, bien difficile à établir.
La fausse parole est le journal d’un journal, la chronique de cette activité poursuivie jusqu’à l’épuisement, parallèlement à cette activité poétique non moins déroutante que Robin appelait non-traduction.
Propagandes en tous genres, mécanique du mensonge, guerre psychologique sont implacablement dénoncées. Dénoncées par un poète qui sait ce que parler veut dire et qui réinvente, dans une langue connue de lui seul, le vrai usage de la parole : la présentation de ce texte, paru aux éditions de Minuit en 1953, est toujours actuelle.

Depuis, le prix Érasme est remis chaque année à une ou plusieurs personnes, ou bien à une institution, ayant apporté une contribution exceptionnellement importante à la culture de l’Europe. Je suis heureux et particulièrement fier de recevoir aujourd’hui, en tant que graphiste, le prix de la fondation Érasme. Je veux dire, en premier lieu, l’étonnement et le plaisir immédiats que j’ai ressenti en réalisant que cette récompense me venait du pays qui a déjà fait le plus, et assurément le mieux, pour le design graphique. Cette discipline nouvelle qui est née dans les espoirs et les tourments du XXe siècle a, en effet, une histoire d’amour bien particulière avec les Pays-Bas. J’ai souvent en tête, l’exemple magnifique de la Poste néerlandaise et du rôle de commanditaire éclairé qu’y a joué Jean-François Van Royen, son secrétaire de direction.

Dès 1920, il a compris que cette institution mise au service de la communication entre les personnes assurait, au-delà de sa fonction utilitaire, une mission éminemment culturelle. Aussi, puisque vous distinguez mon travail de graphiste dans le domaine public, votre légitimité acquise confère à cette appréciation une valeur décuplée à mon engagement. Elle réveille une réalité de l’histoire du graphisme français que d’aucuns auraient aimé laissé sommeiller plus longtemps. Car, en m’honorant, vous honorez en premier lieu un être qui a été imaginé voici bientôt quarante ans.