La Monnaie: Entre dettes et souveraineté PDF

Certaines dettes morales sont impossibles à quantifier la Monnaie: Entre dettes et souveraineté PDF donc à rembourser, par exemple lorsqu’une personne sauve la vie d’une autre personne. Les dettes jouent un rôle central dans l’organisation des activités humaines, notamment économiques. Généralement, une dette permet un investissement qui doit améliorer la production.


Comprendre la monnaie dans toute sa complexité, tel est l’objectif de ce livre. En tant que lien entre l’individuel et le collectif, la monnaie transmet la puissance souveraine à l’économie à travers le temps par son emprise sur la finance, donc sur le système des dettes. Mais la liquidité est aussi l’objet de la polarisation des désirs de tous. Maîtriser cette ambivalence implique de construire et de conforter la confiance, car de sa destruction naissent les crises qui font resurgir le désir absolu de liquidité paralysant l’activité.
 
Imbriquée dans les sociétés, la monnaie ne peut être appréhendée sans recourir à une démarche pluridisciplinaire qui mobilise les outils de l’anthropologie, de l’histoire et de l’économie politique. Ce livre parcourt cinq mille ans d’histoire pour saisir l’unité du phénomène monétaire et son rapport à la souveraineté à travers les transformations conjointes des ordres politiques et des systèmes monétaires. À partir de ces fondements, il est possible de comprendre les époques de régulation de la monnaie et les crises qui traversent le capitalisme jusqu’aux mutations de notre temps.
 
 
Michel Aglietta est professeur émérite à l’université Paris-Ouest et conseiller scientifique au CEPII et à France Stratégie. Il a été membre de l’Institut universitaire de France et membre du Haut Conseil des finances publiques.
 
Collaboration de Pepita Ould Ahmed et Jean-François Ponsot
 
Pepita Ould Ahmed est économiste à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et membre du CESSMA à l’université Paris- Diderot.
Jean-François Ponsot est maître de conférences au Centre de recherche en économie de Grenoble à l’université Grenoble-Alpes.

Mais les dynamiques complexes de la dette sont finalement peu comprises et, malgré le droit, elles font peser un risque certain sur l’économie et plus généralement les sociétés humaines. En comptabilité, une dette est un passif ou un actif, selon le point de vue débiteur ou créancier, certain dont l’échéance et le montant sont fixés de façon précise. L’histoire de la dette est plus ancienne que celle de la monnaie : alors que les premières pièces datent du règne de Gygès autour de 700 av. La civilisation de Sumer, 6000-3500 av. Pour gérer ce système, les rois sumériens disposaient du droit d’amnistie, annulant régulièrement l’ensemble des dettes et des servitudes associées.

Elle est aussi présente dans le Nexum romain. Les monti sont, au Moyen Âge et à la Renaissance en Italie, une équivalence des obligations. Ce type de fonds existe encore sous la forme des Monts-de-piété. En 1262, la cité de Venise réalise la première émission de dette sous forme de  monte , le Monte vecchio, suivi en 1482 du Monte nuovo et en 1509 du Monte nuovissimo. En 1343, les Perruzi, banquiers florentins, font faillite après le défaut d’Édouard III d’Angleterre. Peu à peu la richesse se transfère vers les plus riches, ceux qui ont le plus prêté à la ville.

En 1407, à Gênes, les plus importants créanciers de la ville créent la Casa di San Giorgio, une entreprise multinationale avant l’heure. Abandonnant de plus en plus la gestion de revenus fiscaux et douaniers à ces créanciers, la république de Gênes perd une grande partie de sa légitimité et de son pouvoir. Une règle de bonne gestion consiste à équilibrer dépenses et revenus. Le recours à l’endettement par emprunt permet de financer des investissements conséquents tout en préservant cette règle. Pour faire face aux différents conflits qui peuvent survenir entre les préteurs et les emprunteurs, les dettes sont encadrées par le droit. Le crédit est le cadre juridique de dette le plus important, car c’est aussi le principal mécanisme de création monétaire. Les banques créent de la monnaie en échange d’une reconnaissance de dette.