La violence carcérale en question PDF

La violence carcérale en question PDF pratique : Quelles sources sont attendues ? Plaque commémorative sur le site de l’expérience de Stanford. Philip Zimbardo en 1971 sur les effets de la situation carcérale.


Pour la première fois en France, des sociologues ont réussi à enquêter sur la violence carcérale. Ce livre analyse l’ensemble des relations entre personnes incarcérées, entre personnels et détenus, ainsi que les effets de la structure sécuritaire de l’institution sur ces relations. Il montre que la violence légale du cadre carcéral est générateur des violences en prison, malgré les moyens institutionnels et les efforts déployés par les professionnels et aussi par les détenus, pour la limiter. Ces violences se manifestent le plus souvent sous une forme explosive. Cet ouvrage est issu d’une longue recherche de terrain menée au sein de cinq prisons d’hommes, à partir d’observations, d’entretiens et de questionnaires, il accorde une large place à la parole des détenus et à celle des professionnels.

Les prisonniers et les gardes se sont rapidement adaptés aux rôles qu’on leur avait assignés, dépassant les limites de ce qui avait été prévu et conduisant à des situations réellement dangereuses et psychologiquement dommageables. Les problèmes éthiques soulevés par cette expérience la rapprochent de l’expérience de Milgram, menée en 1963 à l’Université Yale par Stanley Milgram. Cependant, le caractère scientifique et les conclusions de cette expérience, impossible à reproduire pour des raisons éthiques, ont toujours été et sont de plus en plus remis en cause. De plus, l’expérience semble ne pas avoir été faite dans le respect des règles de la méthode scientifique.

Parmi les 70 candidats s’étant présentés, les tests psychologiques et physiques permettent à Zimbardo et son équipe de sélectionner 24 adultes en bonne condition physique et mentale. La prison se situait dans le sous-sol du bâtiment de psychologie de l’université Stanford. Un assistant de recherche jouait le rôle de directeur et Zimbardo celui de superviseur. On fournit aux gardes une matraque en bois et un uniforme kaki de type militaire acheté dans un magasin de surplus.

Les prisonniers devaient porter une sorte de longue blouse, pas de sous-vêtements, et portaient des tongs en caoutchouc, ce qui, selon le professeur Zimbardo, devait les forcer à adopter des postures inhabituelles et à éprouver une sensation d’inconfort pour aggraver leur désorientation. Ils étaient appelés par des numéros et non par leur nom. La veille de l’expérience, les gardes assistèrent à une réunion de formation, mais ne reçurent pas de consigne formelle, sinon qu’aucune violence physique n’était autorisée. Ils furent avertis que le bon fonctionnement de la prison était de leur responsabilité, et qu’ils devaient la gérer de la manière qui leur conviendrait. Vous pouvez créer chez les prisonniers un sentiment d’ennui, de peur jusqu’à un certain degré, vous pouvez créer une notion d’arbitraire par le fait que leur vie soit totalement contrôlée par nous, par le système, vous, moi, et ils n’auront aucune intimité Nous allons faire disparaître leur individualité de différentes façons. En général, tout ceci mène à un sentiment d’impuissance. Dans cette situation, nous aurons tout le pouvoir et ils n’en auront aucun.

Les participants désignés comme prisonniers furent simplement prévenus d’attendre chez eux pour être appelés quand l’expérience commencerait. En fait, ils furent arrêtés pour vol à main armée, sans être prévenus, par la police de Palo Alto qui coopérait à cette partie de l’expérience. Les prisonniers durent passer par une procédure de  fichage  complète, incluant la prise des empreintes digitales, les photographies et la lecture de leurs droits. Le contrôle de l’expérience a rapidement été perdu. Les prisonniers ont subi — et accepté — un traitement humiliant et parfois sadique de la part des gardes, et à la fin beaucoup d’entre eux souffraient d’un sévère dérangement émotionnel.

Après un premier jour plutôt calme, une émeute survint le deuxième jour. Les gardes se portèrent volontaires pour des heures supplémentaires et collaborèrent pour casser la révolte, attaquant les prisonniers avec des extincteurs sans être supervisés par l’équipe de recherche. Après cela, les gardes essayèrent de diviser les prisonniers et de les monter les uns contre les autres en créant une  bonne  cellule et une  mauvaise  cellule. Le  comptage de prisonniers , qui avait été mis en place pour que les prisonniers se familiarisent avec leur numéro d’identification, devint une épreuve où durant plusieurs heures les gardes tourmentaient les prisonniers et leur imposaient des punitions physiques, notamment de longues périodes d’exercice physique forcé. Le professeur Zimbardo lui-même fut victime de son expérience. Le quatrième jour, Zimbardo et les gardes réagirent à une rumeur d’évasion en essayant de déplacer toute l’expérience dans une cellule non utilisée du département de police local, car cela était  plus sûr . La police refusa, invoquant des problèmes d’assurance, et le professeur Zimbardo se rappelle avoir été énervé et avoir pesté contre le manque de coopération de la police.

Les cobayes déclarèrent qu’environ un tiers des gardes présentaient de vraies tendances sadiques. Pour étayer sa théorie selon laquelle les participants avaient intériorisé leur rôle, le professeur Zimbardo avança le fait que lorsqu’on leur proposa une liberté conditionnelle en échange de la confiscation de la totalité de leur paye, la plupart des détenus acceptèrent. Puis, lorsque leur liberté conditionnelle fut néanmoins refusée, aucun ne quitta l’expérience. Pleurs incontrôlables et pensées désordonnées étaient devenus communs chez les prisonniers. L’un des remplaçants, le prisonnier 416, était horrifié par les traitements infligés par les gardes et commença une grève de la faim pour protester.

Il fut isolé et enfermé de force dans un placard pendant trois heures. Les autres prisonniers le considéraient comme un agitateur. Pour exploiter ce sentiment, les gardes offrirent un choix aux prisonniers : s’ils n’abandonnaient pas leur couverture, le prisonnier 416 serait laissé en isolement toute la nuit. Les prisonniers choisirent de garder leur couverture. Plus tard, le professeur Zimbardo intervint et replaça le prisonnier 416 dans sa cellule.

Après seulement six jours sur les deux semaines prévues, l’expérience fut interrompue. L’expérience de Stanford s’est terminée le 20 août 1971. Le résultat de l’expérience a été utilisé comme argument pour démontrer l’impressionnabilité et l’obéissance des gens en présence d’une idéologie légitime et d’un support institutionnel et social. En d’autres termes, il semble que la situation provoque le comportement des participants plus que quoi que ce soit d’inhérent à leur personnalité individuelle. Que le rôle qu’on leur attribue les dépasse, conditionnant leur comportement. Zimbardo présenta ses résultats à la commission américaine sur la justice.