Le souci des autres : Ethique et politique du care PDF

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre. L’éducation des enfants, ici par une le souci des autres : Ethique et politique du care PDF fille d’esclave en 1900, fait partie du champ du travail du care. Photographie conservée au Royal Museums Greenwich.


Les perspectives féministes connaissent depuis une vingtaine d’années un développement considérable dans le champ académique anglo-saxon. Si les analyses en termes de genre sont désormais connues du public français, l’idée de care – mot habituellement traduit par soin, attention, sollicitude – n’a pas trouvé un accueil aussi évident. Les publications américaines sur l’éthique du care et ses rapports avec l’éthique de la justice ayant été comparées, non sans quelque sarcasme, à une véritable industrie, l’indifférence des milieux académiques et des féminismes français vis-à-vis d’un mouvement intellectuellement aussi important est étrange. Le moment semble donc venu de présenter l’éthique du care, et de mettre en évidence les raisons d’une telle résistance. C’est bien la dimension provocatrice de l’idée même d’une éthique du care qui la rend difficilement assimilable, et vulnérable. En réintégrant dans le champ des activités sociales significatives des pans entiers de l’activité humaine négligés par la théorie sociale et morale, ces approches ébranlent la partition entre des registres habituellement disjoints. Les questions triviales posées par le care -qui s’occupe de quoi, comment ? -font appel à une anthropologie différente comprenant dans un même mouvement la vulnérabilité, la sensibilité, la dépendance. Elles mettent en cause l’universalité de la conception libérale de la justice, installée en position dominante dans le champ de la réflexion politique et morale, et transforment la nature même du questionnement moral.

Cette éthique place aussi au cœur de sa réflexion l’impact concret de nos choix et actions, par opposition à des théories abstraites de la justice, élaborées à partir de principes. Plutôt que d’attribuer la tendance apparente du retard moral des filles à une construction sociale patriarcale du genre féminin, Gilligan enquêta sur les discours moraux des jeunes filles pour découvrir une singularité qui aurait échappé à la classification de Kohlberg. Pour la psychologue, éthique de la sollicitude, enracinée dans les situations singulières est complémentaire de l’éthique plus classique, détachée, de Kohlberg. Le care désigne l’ensemble des gestes et des paroles essentielles visant le maintien de la vie et de la dignité des personnes, bien au-delà des seuls soins de santé.

Cette éthique féministe met au centre de l’expérience morale la dépendance et le souci de l’autre, plutôt que la liberté et le détachement. Ceci la place en opposition avec les conceptions kantiennes et rationalistes de la moralité. Les valeurs morales de soin, d’attention à autrui, de sollicitude se trouvent souvent identifiées de prime abord par le sens commun comme étant spécifiquement féminines. L’éthique du care critique l’idée que certains traits de caractère typiquement associés aux femmes leur seraient naturels : compassion, souci de l’autre, dévouement, oubli de soi.