Les deux problèmes fondamentaux de l’éthique PDF

Le Conseil d’État comprend 231 membres en activité et 408 agents. Comment sont recrutés les membres ? Et les agents du Conseil les deux problèmes fondamentaux de l’éthique PDF’État ? Découvrez la justice administrative en France, son organisation et ses métiers.


Sous le titre Les deux problèmes fondamentaux de l’éthique, Schopenhauer a regroupé deux traités; le premier est couronné le 26 janvier 1839 par la Société Royale des Sciences de Norvège mais le deuxième refusé par la Société Royale des Sciences du Danemark le 17 janvier 1840. L’ensemble constitue une redoutable machine de guerre contre la sécheresse de Kant, mais plus encore contre la vacuité de Hegel : « Si des journalistes ligués pour magnifier ce qui est mauvais, si des professeurs salariés de l’hegelânerie n’ont de cesse de proclamer aux quatre vents, avec une impudence sans égale, que cet esprit très ordinaire, mais charlatan extraordinaire, est le plus grand philosophe que le monde a jamais possédé; alors cela ne mérite aucune considération sérieuse. Mais si on en arrive au point où une Académie étrangère veut prendre sous son aile protectrice ce philosophailleur, allant même jusqu’à blâmer l’homme qui, avec une probité intrépide, s’oppose à cette gloire fabriquée et achetée, alors l’affaire devient grave. »

Informations contentieuses et actualités du Conseil d’État. Je souhaite, pour commencer, présenter mes plus sincères et chaleureuses félicitations aux lauréats des trois concours d’entrée à l’ENA et également remercier tous les membres du jury et leur présidente, Madame Michèle Kirry, pour leur implication dans l’exercice si absorbant et rigoureux que représente la sélection de 80 lauréats, parmi des centaines de candidats, souvent de grande valeur. Ayant moi-même passé ce concours à plusieurs reprises, je mesure ce qu’il faut d’endurance, de rigueur, de sacrifices, de talents aussi, pour réussir un concours aussi exigeant que celui de l’ENA. Vous pouvez légitimement savourer cette réussite.

Ce n’est pas sans une certaine émotion que je m’adresse à vous aujourd’hui. Alors que je salue et félicite, en chacun d’entre vous, la nouvelle promotion de l’ENA, c’est la dernière fois, après quarante-quatre ans de carrière au service de l’Etat, que j’interviens lors d’une rentrée de l’ENA. Je souhaiterais par conséquent, à l’aune de cette expérience, vous parler de ce qui est et sera attendu de vous tout au long de votre carrière au service de l’Etat. En devenant fonctionnaires, vous n’avez pas seulement choisi une carrière dans l’administration, avec les compétences techniques et les savoirs que cela requiert : vous embrassez une vocation au service du peuple français et de l’intérêt général. Cette finalité ne cessera pas de vous obliger.

L’Etat est, dans notre pays, ce qui fonde notre Nation, ce qui  tient  notre société, à la fois debout et ensemble. Notre pacte social est tout entier bâti sur la conception d’un Etat unitaire garant de la cohésion nationale et de l’intérêt général. Cet intérêt n’est pas, vous le savez, la somme des intérêts particuliers qui s’expriment dans notre société, ni même un agrégat d’intérêts collectifs. Notre fonction publique a toujours su faire preuve de résilience pour contribuer, dans des circonstances parfois  difficiles, douloureuses ou même tragiques, à la sauvegarde de l’intérêt général et, notamment, à la défense et la protection de nos concitoyens. Ils creusent en tout cas un écart préoccupant entre la signification théorique des principes républicains et des valeurs du service public que nous proclamons, d’un côté, et leur manifestation concrète, de l’autre : ces principes et ces valeurs en ressortent, qu’on le veuille ou non, affaiblis et fragilisés.

C’est à vous, la nouvelle génération de hauts fonctionnaires, qu’il revient maintenant de répondre à ces difficultés et de porter la nécessaire et urgente transformation de l’action publique au service de l’intérêt général. Dans la fidélité à nos principes humanistes et au mandat que nous donne le peuple français, avec la fierté de notre héritage aussi, il nous faut réactualiser notre projet commun et refonder notre contrat social, en tout cas y contribuer activement. Les défis à relever sont nombreux et complexes, mais il faut les regarder en face et les prendre à  bras-le-corps . Ce n’est qu’à cette condition que les changements nécessaires pourront être entrepris.

Plusieurs nouveaux principes  particulièrement nécessaires à notre temps  doivent aujourd’hui spécialement inspirer l’action publique. L’action publique doit aussi s’inscrire dans le cadre de la solidarité entre les générations. Nous ne pouvons continuer à faire peser sur les générations futures le poids de nos choix erronés ou approximatifs, de nos inconsciences ou même de nos lâchetés, passés et présents. Cela vaut dans deux domaines en particulier : les finances publiques et le changement climatique. Notre société doit également poursuivre un idéal exigeant d’inclusion sociale à destination de toutes ses composantes, démographiques, sociales et économiques : nous n’atteindrons pas cet objectif par un surcroît d’Etat-providence, mais de fraternité. La société civile, à côté de l’Etat et des autres personnes publiques, doit par conséquent se mettre en mouvement sur ces sujets et y être puissamment incitée. L’action publique doit encore résolument prendre appui sur le progrès technique, notamment dans le domaine des technologies de l’information ou des sciences du vivant.

La prudence et la prévoyance sont deux principes cardinaux de l’action publique. Pourtant, certaines situations, parce qu’elles sont inédites ou incertaines, ne doivent pas la stériliser, ni conduire aux blocages et à l’immobilité. L’action publique doit encore poursuivre sans relâche la satisfaction de l’intérêt général. Nous devons bien sûr toujours, comme nous l’avons voulu au sortir de la Seconde guerre mondiale, garantir les droits fondamentaux et les libertés de la personne. Il nous faut enfin promouvoir sérieusement, c’est-à-dire autrement qu’en paroles, l’égalité des chances, pas seulement pour l’accès à l’ENA, qui est cependant déjà à lui seul presque un programme d’action. Quelle que soit son origine, chacun doit, dans notre pays, avoir des chances comparables de bénéficier de la formation correspondant à son niveau, d’obtenir un diplôme, d’accéder à un emploi ou à la culture ou encore de bénéficier de services d’intérêt général. Vous l’avez compris, l’Etat doit être au service des ambitions collectives de notre pays, de toutes ses ambitions.