Les tribulations de Nicolas-Médard Audinot, fondateur du théâtre de l’Ambigu-Comique PDF

L’expression  théâtre de la Foire  désigne l’ensemble des spectacles donnés à Paris à l’occasion des foires annuelles de Saint-Germain et de Saint-Laurent et, plus tard, de Saint-Ovide. Elle se tenait dans les alentours de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés et, au moins dans les premiers temps, au carrefour des actuelles rues de Buci et de Seine. 3 février pour se fermer le dimanche de la Passion. En échange du paiement de la somme de deux écus, les tribulations de Nicolas-Médard Audinot, fondateur du théâtre de l’Ambigu-Comique PDF entrepreneurs reçurent des confrères de la Passion le droit de présenter des spectacles.


Figure enthousiasmante et bien mal connue de l’histoire du théâtre des Lumières, Nicolas-Médard Audinot (1732-1801) fut d’abord comédien avant de devenir entrepreneur de spectacle et de fon­der l’Ambigu-Comique, qui joua un rôle émi­nent dans l’histoire du théâtre dit « secondaire ». La vie théâtrale à laquelle Audinot s’est voué est celle qui prospère ou vivote dans la rivalité entre théâtres secondaires et théâtres privilégiés – depuis les Foires du règne de Louis XV jusqu’au Boulevard du Directoire – et entre l’entreprise théâtrale indi­vi­duelle et le théâtre privé du prince de Conti. À l’Ambigu, de 1769 à la Révolution, Audinot pratique le théâtre de marionnettes, fait jouer des enfants et recourt tour à tour à la pantomime ou à la satire sociale, en passant par le mélodrame lors de son apparition en 1801, explorant l’entrecroisement du jeu, de la musique et du spectaculaire avec un esprit d’invention que le public consacra et qui fit la fortune de son théâtre. L’auteur rassemble ici pour la première fois un ensemble d’informations touchant à l’intimité du personnage comme à sa vie publique, à ses affaires sentimentales comme à ses talents d’homme de spectacle.

Les premiers comédiens dont nous connaissons les noms sont Jehan Courtin et Nicolas Poteau qui, en 1595, divertissaient à ce point le public parisien que les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne leur intentèrent un procès, qu’ils perdirent vraisemblablement, car les deux acteurs forains revinrent plusieurs années de suite. On y trouve la plus ancienne description connue du cortège carnavalesque parisien de la Promenade du Bœuf Gras, qui y apparaît sur scène. Peu de temps après ce grand événement un incendie frappa la foire Saint-Germain dans la nuit du 16 au 17 mars 1762. Mabillon du côté des numéros pairs, au niveau des no 6, 8 et 10, sous la forme d’un renfoncement de l’alignement, avec un niveau de sol en contrebas d’environ trois mètres par rapport à celui de la chaussée de la rue. De nombreux artistes et troupes de la foire Saint-Germain s’y produisent aussi, puisque l’une a lieu au printemps et l’autre en été. Cette alternance permet au public de suivre ses spectacles préférés et, peu à peu, s’installe une sorte de véritable  feuilleton  théâtral, une pièce étant commencée à Saint-Germain pour être continuée à Saint-Laurent.

En 1716, c’est dans le théâtre de la foire Saint Laurent que Catherine Vanderberg, directrice du théâtre, obtient de l’Académie Royale de Musique la la permission exclusive de donner, pendant la durée des foires, des pièces mêlées de chant, danses et symphonies, pendant un espace de quinze ans, moyennant 35,000 livres par an. En 1752, Jean Monnet fait édifier dans la foire Saint Laurent un théâtre dont il confie à Boucher la décoration. Après les marionnettes et les danseurs de corde, les acteurs forains en vinrent progressivement à jouer de véritables petites comédies, souvent écrites par des auteurs de renom et de talent. La renommée internationale de la foire et des pièces présentées à cette occasion est alors l’objet de ressentiments de la part de l’Art officiel et en 1678, un ordre de Louis XVI interdit aux forains de chanter et de se servir de plus de 4 violons et d’un hautbois. Après l’expulsion des comédiens italiens en 1697, les acteurs forains s’enhardirent et s’emparèrent du répertoire de ces derniers. La professionnalisation des spectacles de la Foire commença à inquiéter la Comédie-Française, qui y vit une dangereuse concurrence. Mais c’était sans compter sur les ruses que les acteurs forains étaient capables de déployer pour déjouer les interdictions dont ils étaient victimes.

Les Comédiens-Français n’eurent dès lors plus de raisons objectives de s’acharner contre les acteurs forains puisque leurs revendications étaient satisfaites. Au vu du succès grandissant des spectacles de la Foire, l’Opéra exigea des redevances de plus en plus exorbitantes qui mirent en difficulté les directeurs forains. Alliée objective de l’Opéra, la Comédie-Française en profita pour asséner un coup fatal en 1719 : elle obtint la suppression de tous les spectacles forains, à l’exception des marionnettes et danses de corde. Entre-temps, le régent avait rétabli la Comédie-Italienne : celle-ci en profita pour occuper la foire Saint-Laurent pendant trois ans, de 1721 à 1723, mais elle dut y renoncer faute du succès escompté. En 1724, un marchand de chandelles nommé Maurice Honoré obtint le rétablissement de l’Opéra-Comique et l’exploita durant trois ans. Parallèlement aux spectacles de l’Opéra-Comique défilaient toutes sortes d’attractions foraines : à côté des marionnettistes et danseurs de corde se produisaient des géants, des nains, des monstres, des colosses, des têtes parlantes, des animaux savants, etc.

C’est aussi aux foires et sur les boulevards que naquit la troupe des Grands-Danseurs du Roi de Jean-Baptiste Nicolet. Jeu de paume d’Orléans, à la foire Saint-Germain, au mois de février 1712. Le texte descriptif du Bœuf Gras dans cette pièce a été retrouvé en 2015. Jacques Hillairet – Dictionnaire historique des rues de Paris – Édition 1997 – T2, p.